dimanche, décembre 16, 2018

L

Un vieux criminel de guerre et sa fille dînent dans une auberge au milieu des Dolomites et se retrouvent à la table voisine de celle du narrateur, qui travaille sur une de ses traductions du yiddish. En deux récits juxtaposés, comme les deux tables de ce restaurant de montagne, Erri De Luca évoque son amour pour la langue et la littérature yiddish, puis, par la voix de la femme, l'existence d'un homme sans remords, qui considère que son seul tort est d'avoir perdu la guerre. Le tort du soldat est un livre aussi bref que percutant qui nous offre un angle inédit pour réfléchir à la mémoire si complexe des grandes tragédies du XXe siècle.

 Erri De Luca est né à Naples en 1950 et vit à la campagne près de Rome.

 « J’ai traduit le yiddish le chant du peuple juif assassiné, de Yitskhok Katzenelson. Il fut écrit et caché entre les racines d’un arbre dans le camp de concentration de Vittel, nom célèbre en France pour son eau mise en bouteilles. Katzenelson versa son chant dans le verre de ces bouteilles, plus de huit cents vers. Il se trouvait à Vittel parce que les combattants du ghetto de Varsovie l’avaient fait sortir avec de faux papiers qui ne durèrent pas longtemps. Il fut de nouveau arrêté en France. Les insurgés du ghetto tentaient de sauver les poètes et les écrivains. C’est ce que font les arbres encerclés par les flammes : ils projettent très loin leurs graines. Les poètes, les écrivains, étaient les graines de leur plante et élèveraient leurs témoignages en chants. Au Procès de Nuremberg contre les dirigeants nazis pour crimes de guerre, s’élevèrent la voix et la déposition d’un poète juif de Vilna, Avrom Sutzkever, combattants dans la résistance. Il écrivit ses vers en yiddish, il témoigna en russe. Dans la salle de Nuremberg, pas une syllabe ne fut prononcée en yiddish. Après la guerre, une femme, une ancienne prisonnière, creuse et récupère dans le camp de Vittel les vers mis en bouteille par Katzenelson. Il arrive aussi aux livres d’avoir des vies torturées, en captivité, en clandestinité. J’ai traduit ces vers car ils sont le sommet littéraire sur la destruction des Juifs d’Europe. » p24et25.

ISBN : 2070144410
Éditeur : Gallimard (06/03/2014)

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